Historique pour SAINTE-ANNE-DE-PORTNEUF

Retour dans le passé de la Haute-Côte-Nord

Portneuf

Selon Mgr René Bélanger, voici les différents noms de cette municipalité depuis des siècles:

- avant 1534: Mitinakup ou Milinikip qui signifierait "vieux cabanage".

 

- entre 1534 et 1641: Rivière-Portneuf. Ce sont vraisemblablement les pêcheurs basques venus de Bayonne et de Saint-Jean-de Luz qui ont donné ce nom. Ils auraient voulu ainsi rappeler leur Port-Neuf à eux, soit le Nouveau Boucau, créé en 1578.

 

- vers 1770: le poste de traite de Sainte-Anne-de-Portneuf.

 

- après 1842: on parle de Portneuf-sur-Mer.

 

- 1849: le missionnaire, l'abbé Jean-Lazare Marceau, fait la bénédiction de la chapelle le 8 janvier à qui il attribue Saint-Georges comme patron.

 

- 1882: "Portneuf Mills" à cause de la prise en main de l'exploitation par les frères Stockwell de Londres.

 

- 1920: "Hamilton Cove", du nom de la compagnie d'alors la Hamilton Cove and Pulpwood Co.

 

Jalons chronologiques:

 

1 - Vers 1770: On assiste à la création d'un poste de traite à Portneuf sur le territoire de la seigneurie des Mille-Vaches. Peter Stuart, gérant de ces postes, y réside avec sa famille et ce jusqu'au tournant du siècle. En 1787, ce poste compte une chapelle ainsi que "plusieurs bâtiments élégants" comme on les qualifie.

 

2 - À partir de 1822, c'est John Goudie, marchand de Québec, qui possède le bail des "King's Posts". La Hudson's Bay, quant à elle, contrôle les seigneuries de Mille-Vaches et de Mingan. Prétendant que l'embouchure de la rivière Portneuf fait partie de la seigneurie de Mille-Vaches, elle y installe un poste de traite. Son objectif est d'y attirer les Montagnais au détriment des postes de traite du concurrent. En 1824, un autre marchand de Québec, William Lampson achète les deux tiers des droits de Goudie. À la mort de ce dernier en 1828, Lampson, devenu seul concessionnaire, décide alors de s'opposer à la Compagnie de la Baie d'Hudson. Il construit un poste sur l'autre côté de la rivière Portneuf, face à celui de la compagnie rivale. Le 24 mai 1830, on assiste à une bagarre générale entre les hommes des deux postes. Les employés de Lampson en profitent pour vider le magasin des adversaires. S'en suivent des coups, des blessures, des coups de fusils. Le Shérif de Québec, Charles Prévost descend en goélette jusqu'à Portneuf et, aidé de constables, il procède à l'arrestation de Peter McLeod sr, Peter McLeod jr, Alexander et Jean-Baptiste Schmidt, Robert Martin Brownson, Joseph Plamondon et Michel Simard. Les hommes de Lampson sont amenés à Québec. Pendant ce temps, les employés de la Hudson's Bay s'approprient des ballots de fourrures déjà achetés par les adversaires. C'est finalement devant les tribunaux à Québec que cette affaire a pris fin. En effet, Lampson a réussi à faire destituer le procureur général, James Stuart, parce que ce dernier était accusé de défendre les intérêts de la compagnie au détriment de ceux du roi d'Angleterre. Désireuse d'avoir enfin la paix, la Hudson's Bay offre à Lampson la somme de 25000 livres sterling pour qu'il cède ses droits sur les postes du roi. La compagnie récupérera le bail en mai 1831 et le conservera jusqu'en 1859.

 

3 - 1840: La bande montagnaise de Portneuf est en voie de disparition. En effet, Sainte-Anne-de-Portneuf était auparavant un important lieu de pèlerinage pour les Montagnais. C'est la maladie qui a décimé la majorité des habitants de cette bande. Les autres se sont alors joints à l'un ou l'autre des groupes voisins. Il ne reste plus que 2 familles (10 personnes) qui déménagent sur des terres dans la baie de Mille-Vaches.

 

4 - 1844: L'occupation de Portneuf commence véritablement à cette date à cause de l'ouverture d'une scierie par Alexis "Picoté" Tremblay qui s'associe à James Gibb, marchand de bois de Québec. Tremblay avait été président de la Société des Vingt-et-Un mise sur pied pour le développement de la région du Saguenay. L'arpenteur Georges Duberger note ce qui suit dans son rapport de 1844: "Un chantier a été établi cette année sur la rivière Port-Neuf avec la permission du Département des terres de la Couronne, ce qui a déjà soulevé quelques difficultés par rapport à la coupe de billots". Ces difficultés étaient liées au fait que le nouvel établissement se trouvait à l'intérieur des limites de la seigneurie des Mille-Vaches, elle-même une enclave dans le Domaine du Roi que détenait jusqu'alors la compagnie de la Baie d'Hudson. On choisit comme site d'installation la première chute de la rivière, sur la rive ouest à quatre milles de l'ancien poste de traite et de la mission. On construit alors la scierie au pied de la chute et on érige les premières habitations également sur la rive ouest, au-dessus de la chute. Selon les registres, le Père Durocher est venu y baptiser les enfants d'Hilarion Tremblay et d'Henry Fortin le 18 mai 1845. Il revenait trois mois plus tard pour un enfant d'Hyppolite Pedneau, forgeron. En 1846, on célébra les premiers mariages: Paul Lévesque et Mathilde Duchesne, Étienne Caron et Émérentienne Sirois, Cléophe Soucy et Adèle Migneault, Jean Moisan et Marie Duchesne, Thomas Hopkins et Catherine Harvey. Précisons que ce Hopkins venait d'abandonner le protestantisme pour se convertir à la religion catholique. Cela s'est déroulé aux Ilets-de-Jérémie par l'entremise de Mgr Turgeon, évêque-coadjuteur de Québec.

 

5 - 1848: Une trentaine de familles habitent le village en plus d'une centaine de jeunes gens au chantier.

 

6 - 1853: Par suite du ralentissement du commerce du bois, la population a considérablement diminué. ON ne dénombre en effet que huit familles ainsi que 54 hommes au chantier.

 

7 - 1854: À ca use de la faiblesse du marché du bois, Alexis Tremblay se retire et Gibb se retrouve ainsi le seul maître. Il envoie alors John Peverley comme gérant. Ce dernier est un québécois originaire de Londres. M. Armstrong vient aussi à titre de commis. Jusqu'à la fin de l'exploitation en 1868 ou 1869, Peverley résidera à Portneuf avec son épouse Élizabeth Armstrong, et ses enfants. Deux meurent en bas âge et y sont inhumés. Le cadet, Ralph, naît à Portneuf le 29 juillet 1859.

 

8 - 1857: Le recensement de mars révèle que les familles de Pierre Auchu, Rémi Aubé, Robert Graham, Modeste Bédard, Étienne Savard, Victor Gagnon, Pierre Labry, Alexis Côté, Ferdinand Tremblay, Zéphirin deschênes, Roger Therrien, Alexis Dubé, Henri Fortin et Zoel Fortin travaillent dans l'tablissement de Portneuf. On y apprend également qu'il n'y a pas d'école.

 

9 - 1875: Selon l'arpenteur Dumais, une seule maison est occupée et la concession de la forêt appartient à John Roche.

 

10 - 1881: Portneuf doit sa relance aux frères Stockwell de Londres qui ont acquis la seigneurie des Mille-Vaches cette année-là, par l'entremise de la Dominion of Canada Freehold Estate and Timber Company.

 

11 - 1882: Les Stockwell construisent une scierie et des personnes arrivent de Saint Austell, comté de Cornwall, pour diriger les travaux. C'est la famille Argall, composée du père, John, de son épouse, Sophia Sleemass, et de leurs enfants: Frédéric, Thomas-H., John et Lucy-Jane. John junior est marié à Emma-Jane Whuldon qui lui donnera une fille, Maud-Minnie, le 11 mai 1884: Il y a aussi Évariste-Robert Pagé, agent, John Veilleux, interprète, Victor Gagnon, contremaître et Philippe Pedneault, commis.

 

12 - 1884: Les Stockwell agrandissent en ouvrant une usine de pâte de bois dirigée par Richard Pincombe, technicien venu d'Angleterre. Soulignons qu'on utilise même du tremble pour la fabrication. Il y a trois machines. La pâte sort d'abord en feuilles épaisses. Par la suite, on les plie en quatre avant de les expédier à Québec pour y être terminées. Louis Boucher et Alfred Brassard travaillent alors sur les meules.

 

13 - 1887: Selon le curé, il y a 17 familles dans le village, dont une seule est protestante.

 

14 - 1888: Les Stockwell vendent leurs installations de Portneuf à la compagnie Forsythe qui abandonne rapidement la fabrication de pâte de bois. Seule la scierie continue à fonctionner de façon irrégulière jusqu'en 1895.

 

15 - 1902: Portneuf devient alors une municipalité autonome en se séparant de St-Paul-du-Nord. Elle connaîtra une progression démographique assez importante au 20e siècle, passant de 247 habitants en 1901 à 2011 en 1941. Cette croissance s'explique évidemment par l'exploitation forestière.

 

16 - 1920-30: Les opérations forestières sont d'abord sous la direction de la Hamilton Cove and Pulpwood Co. Et ensuite par la Wayagamack qui devient la Consolidated Paper Corporation Ltd en 1931.

 

17 - 1923: Des Tremblay de Portneuf déménagent à Canton Latour dans le but d'ouvrir un petit chantier à la rivière Blanche.

 

18 - 1931: D'autres familles quittent pour Canton Latour.

 

19 - 1964: La Consolidated Bathurst démantèle ses équipements de Portneuf. Elle ferme en 1972.

 

Sources:

1 - Histoire de la Côte-Nord, Pierre Frenette et als, PUL. 1996.

2 -Nos Racines, Jacques Lacoursière et Hélène-Andrée Bizier, Éditions T.L.M. inc., 1979.

3 - De la Pointe de tous les Diables au Cap Grincedents, Mgr René Bélanger, Bélisle, Éditeur, 1973.

4 - Chronique écrite par Mgr René Bélanger.

5- Journal Haute Côte-Nord collaboration Richard Létourneau

 

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